Vers l'eau, vers le feu
crédit photo : Isis Benchellal
Oui, il s’agira peut-être de faire venir la pluie. N’ayons pas peur de croire au miracle.
Ô vous qui posez les yeux sur moi, que reste-t-il lorsque votre regard me
quitte ?
Que ce soit une source qui jaillit. Je prie. Et vous viendrez y boire.
L’œil, la source. En arabe et en hébreu, un seul mot : ‘ayn.
La source est un œil renversé. Un même motif.
Porteuse
d’eau, pleureuse, l’âme fondra en larmes. Lacrymatoire, comme on porte
sa tristesse dans un petit flacon. Cette eau qui ensemence l’impossible.
Car les larmes d’Isis font renaître l’amour mort.
Je suis
partie en voyage avec Isis. Son prénom sonne comme le Nil qui
approche.
Vers l’eau, vers le feu.
Quelques artefacts mystiques. Urnes
dans les couloirs du temple.
Petit morceau de papier, à l’encre effacée,
collé au mur délabré. Il y avait écrit : Nous sommes un. Le papier dans
l’urne, l’eau dans l’urne, et coule le précipité magique. Je me baigne à
cette source.
« La ville
d’Hadrumète était blanche et les pierres de la maison où vivait Septima
étaient d’un rose tremblant. Et le sable de la grève était parsemé de
coquilles que roule la mer tiède depuis la terre d’Égypte, à l’endroit
où les sept bouches du Nil épandent sept vases de diverses couleurs.
Dans la maison maritime où vivait Septima,on entendait mourir la frange
d’argent de la Méditerranée, et, à son pied, un éventail de lignes
bleues éclatantes s’éployaient jusqu’au ras du ciel.»
Septima, Vies Imaginaires, Marcel Schwob