un Lacrymatoire est un flacon en terre cuite ou en verre, retrouvé dans des tombeaux romains et supposément destiné à recueillir les larmes des parents du défunt.

Cette pièce en faïence, inspirée d’un objet apparaissant dans Medea de Pier Paolo Pasolini, est pensée comme un lacrymatoire. Elle arbore neuf flacons, fixés à un promontoire en forme de roche, sur lequel est gravé le poème Tenebrae, de Paul Celan. 
Dans ce poème, l’eau se mêle au sang et la prière est renversée. 

Lacrymatoire, pourrait être interprétée comme une ode à la figure de la pleureuse.

Ne cessent de couler sueur, sang, souffrance, mais les larmes, eau pure de l’œil source (‘ayn), transmutent le drame, et ensemencent l’impossible.  
Les larmes d’Isis, font renaître l’amour mort.

Dans l’Égypte antique, Isis (épouse et sœur d’Osiris) est une magicienne pleureuse. 
Ses cris, ses lamentations et ses chants de déploration sur le motif de la perte et du déchirement évoquent tout autant le désir de « voir » à nouveau le défunt, au-delà de cette séparation. 


« Viens vers ta demeure ! Je suis ta sœur, que tu aimes ; tu ne dois pas te séparer de moi. Longtemps, longtemps que je ne t’ai pas contemplé ! Mon cœur s’inquiète de toi ; mes deux yeux te cherchent ; je suis en quête de toi pour te contempler. Alors que je ne peux te voir, je t’appelle en pleurant jusqu’au haut du ciel, sans que tu entendes ma voix. Tu ne dois pas aimer une autre que moi, la sœur, la sœur !  » 
Lamentation d’Isis et de Nephtys, papyrus de Berlin 


©Marine Aïello